Il y a des champions dont la trajectoire ressemble à une ligne droite, tracée depuis l'enfance. Et puis il y a Primož Roglič, dont la carrière ressemble à une suite de virages, de chutes et de remontées. Avant d'être l'un des coureurs les plus respectés du peloton, le Slovène a d'abord été autre chose : un sauteur à ski. Son histoire est celle d'un homme qui a appris à se relever, encore et encore.

D'un tremplin à un vélo

Roglič n'a pas grandi dans le cyclisme. Il vient du saut à ski, discipline qu'il pratique jeune avant de bifurquer, tard, vers la route. Ce parcours atypique explique en partie son tempérament : il a découvert le vélo avec le regard de quelqu'un qui devait tout apprendre, sans les automatismes des coureurs formés dès l'adolescence.

Cette arrivée tardive ne l'a pas empêché de gravir tous les échelons. En quelques saisons, il est passé du statut de curiosité à celui de cadre du peloton mondial, capable de gagner les plus grandes courses par étapes.

Un palmarès immense — sauf une ligne

Le palmarès de Roglič impressionne : quatre victoires sur la Vuelta (2019, 2020, 2021 et 2024) et un Giro d'Italia en 2023. Peu de coureurs de sa génération peuvent aligner une telle collection de grands tours.

Et pourtant, il manque une ligne, la plus convoitée de toutes : le Tour de France. Roglič ne l'a jamais gagné. Il en a été terriblement proche en 2020, où il portait le maillot jaune à la veille de Paris. Lors du contre-la-montre de l'avant-dernière étape, à La Planche des Belles Filles, son compatriote Tadej Pogačar réalise l'exploit et lui ravit la victoire. Roglič termine deuxième, à un souffle de son rêve.

Tomber, se relever, recommencer

Ce qui définit Roglič, c'est sa capacité à encaisser. Sa carrière est jalonnée de chutes, de revers, de déceptions cruelles — et à chaque fois, il revient. Là où un échec comme celui de 2020 aurait pu briser un homme, lui a continué d'ajouter des victoires à son compteur, dont une Vuelta supplémentaire en 2024.

Cette obstination en fait l'un des symboles les plus forts de la résilience dans le sport. Son histoire rejoint celle de tous ces coureurs aux carrières improbables, venus d'ailleurs et arrivés au sommet par des chemins détournés.

Une leçon qui dépasse le vélo

On retient souvent les vainqueurs. Roglič, lui, force le respect autrement : par sa manière de rester debout. Gagner quatre Vuelta et un Giro tout en se faisant arracher le Tour le plus important de sa vie, puis repartir gagner encore — il faut une force mentale rare pour cela.

À ceux qui croient que le talent suffit, sa carrière répond autre chose : ce qui compte, c'est ce qu'on fait après être tombé. Et de ce point de vue, peu de champions auront autant à transmettre que ce sauteur à ski devenu, à force de volonté, l'un des plus grands coureurs de son temps.