Toutes les routes ne se valent pas. Sur les centaines de cols utilisés par le Tour depuis 1903, une quinzaine concentrent l'essentiel de la mémoire collective. Ce ne sont pas forcément les plus hauts, ni les plus longs : ce sont ceux qui, étape après étape, sont devenus des personnages.

Le Col du Tourmalet : le patriarche

Altitude : 2 115 m. Longueur côté Luz-Saint-Sauveur : 19 km à 7,4 %.

Introduit dès 1910, le Tourmalet est sans doute le col le plus emblématique des Pyrénées. C'est lui qui inspire la phrase d'Octave Lapize : « Vous êtes des assassins ! ». Il a été franchi plus de 80 fois par le Tour, plus que n'importe quel autre col haut. Sur ses pentes se sont jouées des dizaines d'attaques décisives, et un siècle de souvenirs y est aujourd'hui inscrit.

Le Col du Galibier : le toit français du Tour

Altitude : 2 642 m (versant historique). Souvent au-dessus de 2 600 m d'altitude une fois passé le Lautaret.

Le Galibier est le grand col des Alpes du Tour. Introduit en 1911, il est traditionnellement le point culminant de l'édition. C'est là que Marco Pantani a écrit certaines de ses pages les plus marquantes dans les années 1990, et c'est là qu'a été érigée, au sommet, une stèle à la mémoire d'Henri Desgrange.

L'air y est rare, la météo souvent capricieuse. Une attaque qui tient au Galibier devient une attaque qui marque.

L'Alpe d'Huez : les 21 lacets

Longueur : 13,8 km à 8,1 %. 21 virages numérotés.

L'Alpe est le col-théâtre par excellence. La pente est constante, la route est étroite, et chaque virage est numéroté en hommage à un vainqueur d'étape. Les Hollandais ont colonisé symboliquement le virage 7 (Dutch Corner), où la foule se masse jusqu'à devenir folle.

L'arrivée à l'Alpe d'Huez a été le théâtre d'attaques signées Hinault, LeMond, Pantani, Armstrong (depuis disqualifié), et tant d'autres. Sa densité dramatique est sans équivalent.

Le Mont Ventoux : le Géant de Provence

Altitude : 1 909 m. Longueur côté Bédoin : 21 km à 7,5 %.

Le Ventoux ne ressemble à aucun autre col du Tour. Sa partie haute, lunaire, dénudée, blanche de calcaire, semble appartenir à une autre planète. Sous le soleil, la chaleur peut devenir intolérable. C'est sur ses pentes que Tom Simpson est décédé en 1967, marquant l'histoire — et la conscience — du cyclisme professionnel.

Le Ventoux est ainsi devenu un col rituel, presque sacré, que l'on grimpe avec respect.

Le Col de la Madeleine : le test silencieux

Altitude : 1 993 m. Longueur côté nord : 25 km à 6,2 %.

Moins médiatisé que le Galibier ou l'Alpe, la Madeleine est pourtant l'un des cols les plus difficiles du Tour quand il est ascendu en début d'étape. Long, régulier, sans répit, il vide les organismes avant que ne commencent les difficultés finales. C'est un col qui ne fait pas gagner le Tour, mais qui peut le faire perdre.

Le Col d'Izoard : la Casse Déserte

Altitude : 2 360 m. Versant sud : passage par la Casse Déserte.

L'Izoard est un col à part. Sa partie sommitale traverse la Casse Déserte, un paysage minéral d'éboulis et de cheminées de pierre. Le Tour y a écrit certaines de ses pages les plus visuellement spectaculaires, notamment avec Fausto Coppi et Louison Bobet dans les années 1950.

Le Plateau de Bonascre, le Plateau de Beille : les Pyrénées modernes

À côté des grands classiques, le Tour utilise depuis trois décennies des arrivées au sommet récentes mais devenues des références : Plateau de Beille, Plateau de Bonascre, Hautacam, Peyragudes, Granon. Ces cols n'ont pas un siècle d'histoire, mais ils ont vu se jouer plusieurs Tours récents, et leur mémoire s'écrit en direct.

Le Col de l'Iseran : le plus haut

Altitude : 2 770 m.

L'Iseran est le plus haut col routier des Alpes françaises, et donc le plus haut sommet jamais franchi par le Tour. L'air y est sensiblement plus rare. Son passage est rare et reste un événement à chaque fois.

Pourquoi certains cols deviennent mythiques

Tous ces cols partagent quelques traits :

  • Une pente longue qui décrit clairement la hiérarchie des coureurs.
  • Un paysage marquant qui crée une mémoire visuelle.
  • Une histoire répétée : on y est revenu assez souvent pour qu'un récit s'installe.
  • Un public dense, parfois fou, qui transforme la route en couloir d'humanité.
  • Une arrivée fréquente au sommet, ou une attaque mémorable.

Un col devient mythique quand il combine la physique (il fait mal), la dramaturgie (il décide), et la mémoire (on s'en souvient).

Pour aller plus loin

Pour le cycliste québécois, ces cols sont souvent un rêve. Plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui simulés sur les parcours immersifs des vélos d'intérieur modernes — une manière, l'hiver, de rouler dans l'Alpe depuis Montréal. Voir le vélo immersif : rouler ailleurs sans quitter la maison.